Pour débuter cette deuxième journée à Matsue, me voici parti pour le temple Gesshô-ji. Situé à l’ouest du château et légèrement excentré (mais très accessible) par rapport au groupement de toutes les visites d’hier, le Gesshô-ji est un lieu très calme surnommé ajisai-dera, le temple aux hortensias. Il en fleurit environ 30000 en juin-juillet, pendant la saison des pluies. Pour moi qui le visite fin décembre, pas d’hortensias ni d’autres fleurs particulières, mais un calme plat propice à la visite et seulement quatre personnes (dont deux du temple) croisées en 1h30 ! Il est vrai qu’on ne voit pas grand monde sur mes photos de Matsue, mais la ville est bien vivante, je vous rassure. C’est juste une combinaison de période pas très touristique, de préparations de fêtes, et de ville en dehors des parcours souvent proposés. Et ça me convient parfaitement !

En 1664, Matsudaira Naomasa, petit-fils de Tokugawa Ieyasu et premier seigneur de son clan à Matsue, érige la tombe de sa mère à cet endroit qui deviendra ainsi le temple Gesshô-ji. Ce temple accueillera par la suite sa tombe ainsi que celles de ses successeurs, c’est à dire au total neuf sépultures des différents seigneurs Matsudaira qui régnèrent sur Matsue pendant presque deux siècles et demi.
Chacune de ces sépultures est délimitée par une enceinte sacrée, avec une porte en bois sculptée donnant sur un chemin de pierre, entouré de lanternes tôrô, et menant au torii qui précède la tombe. Celle de Naomasa est même en partie cernée par une douve ! Les tombes des seigneurs impairs sont au nord du jardin, tandis que celles des seigneurs pairs sont au sud. Les portes sculptées permettent d’admirer la qualité des artisans de chaque époque et d’avoir également un aperçu de la richesse ou non du clan selon les périodes. Certains détails de ces sculptures sont absolument magnifiques, et font écho à un trait marquant des seigneurs.





La deuxième tombe que l’on découvre est celle de Fumai (Matsudaira Harusato), le 7ème seigneur (photo en tête d’article). C’est lui qui développa l’art du thé dans la ville et qui en est un des personnages les plus importants. Il est à l’origine du pavillon de thé Meimei-an visité hier.
La dernière tombe est celle du 6ème seigneur, Matsudaira Munenobu. Elle est célèbre grâce à la statue de l’immense tortue qui veille sur lui, dont la légende a été relatée par Lafcadio Hearn. On dit que cette tortue se déplaçait la nuit et semait la terreur autour d’elle. Le moine du temple pria très fortement et une colonne de pierre tomba du ciel et cloua la tortue sur place. Je peux vous assurer que la statue est impressionnante, et qu’il ne doit pas faire bon la croiser au crépuscule…!


Suite à cette magnifique visite, qui m’a laissé une très forte sensation/émotion, direction le château en m’arrêtant bien évidemment goûter la spécialité locale : les soba ! Je me suis rendu dans un des nombreux restaurants qui en propose, chez Ueda soba, typiquement le genre de petit restaurant local et familial que j’aime. De simples kitsune soba servies sans artifice et d’une façon naturelle, avec des clients autour qui les aspirent à grands bruits, des habitués qui ouvrent la porte juste pour dire bonjour au chef ou demander si « untel » de la famille est à la maison ou pas… Parfait ! Et en repartant du restaurant, je retombe dans les petites rues très agréables de Chamachi et Kyomise, où des maisons/magasins rétros et adorables attirent mon regard amusé et attendri : ambiance un peu vieillotte et anachronique mais tout à fait charmante que j’ai retrouvée à différents endroits de la ville.








Avant de continuer mes visites, petite pause au café Kiharu, le café du musée d’histoire de la ville (voir premier article), juste le temps de profiter de ce magnifique parfait au matcha en contemplant le jardin japonais avec le haut du donjon en fond. Après cet excellent dessert, me voici prêt pour la visite principale de l’après-midi, le symbole de Matsue : son château ! Déjà aperçu à maintes reprises la veille, j’ai réussi à faire durer le plaisir et à attendre le deuxième jour pour le visiter. Je vous laisse juger par vous-même de la beauté de cet imposant édifice vu de l’extérieur !




Deuxième donjon du pays pour sa surface (477m2), troisième pour sa hauteur (30m), ce magnifique édifice fait partie des douze derniers donjons authentiques du Japon puisqu’il n’a jamais été détruit ! Utilisant des piliers de seulement deux étages, sa surface réduit au fur et à mesure que l’on monte les étages. Les rénovations intérieures récentes ont permis de retrouver notamment les deux plaques de prières qui permettent de définir avec précision la date de fin des travaux (1611) ainsi que d’autres objets d’une grande importance historique. Le sous-sol avec son puits, essentiel en cas de siège, servait à entreposer des denrées alimentaires.
J’ai déjà évoqué l’histoire du choix de lieu et de la construction du château de Matsue dans mon précédent article suite à la visite au musée d’histoire de la ville. La visite intérieure nous permet quant à elle de nous rendre compte qu’il a bien été principalement dessiné pour pouvoir résister aux potentielles attaques de clans adverses. Tourelles et salles de gardes pour l’extérieur, meurtrières et mâchicoulis dissimulés pour l’intérieur, sans parler des escaliers vraiment très pentus ! Peu d’objets exposés ici, mais un véritable bond dans le temps au contact de tout ce magnifique bois pluricentenaire.







Suite à la visite du château, je me suis rendu au sanctuaire Jôzan Inari. Situé au sein du grand parc du château, où l’on peut se promener un bon moment sans jamais repasser par les mêmes endroits, ce sanctuaire nous offre une pause spirituelle très agréable en compagnie des très nombreuses statuettes de renard (Inari est un kami représenté par un renard) qui s’y trouvent. Il s’agissait d’un des lieux préférés de Lafcadio Hearn, qui y passait très régulièrement.








Afin de terminer cette deuxième très belle journée de visites, direction l’extérieur du musée d’art de Shimane au bord du lac Shinji. Cet endroit est réputé pour pouvoir observer le lac, notamment au moment du coucher de soleil. J’y suis allé un peu plus tôt car la luminosité de cet après-midi était véritablement incroyable, avec les rais de lumière qui filtraient au travers des nuages et transformaient le paysage en un tableau mystique ! Entre le lac et le musée, on peut observer les douze statues de lapin, allusion à un récit mythologique dont nous parlerons dans l’article sur Izumo.





Enthousiasmé par ce merveilleux paysage, je décide alors de retourner au parc du château pour le revoir au crépuscule. Le traitement contre la grippe commence vraiment à faire son effet, et malgré la fatigue physique je ressens le besoin de marcher à nouveau dans cette belle ville de Matsue pour m’en imprégner une dernière fois, et la remercier pour cet accueil et cette beauté avant de partir tôt demain matin. Bien m’en a pris car le donjon est magnifique à ce moment-là de la journée ! J’en ai profité pour voir également le palais Kounkaku, construit en 1903 pour accueillir l’empereur Meiji, mais qui accueillit finalement le prince héritier (futur empereur Taisho) quatre années plus tard.






Merci pour ce super résumé de ton 2ème jour ! Je compte bien suivre à nouveau une partie de des traces, notamment au café Kiharu. Comment résister à l’appel du matcha ?
Sur tes photos, j’ai l’impression que la ville de Matsue est restée bloquée dans une époque parallèle, bien plus que ce que j’en pensais (et c’est tant mieux, c’est ce qui donne du charme !). Je retiens aussi l’idée de retourner voir le château au coucher de soleil !
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C’est sûr, le matcha est irrésistible !
Oui, il y a des maisons qui donnent un petit côté « bloqué dans l’ère Showa » mais ce n’est pas toute la ville non plus (l’effet hiver + peu de monde renforce un peu cette impression sur les photos).
Le château j’ai eu de la chance, coucher de soleil rasant + spots d’éclairages, ça rendait même encore mieux que sur mes photos !
Tu vas t’y plaire, j’en suis certain!
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