Troisième jour de cette petite boucle dans l’ouest japonais. Les nuages laissent place à un beau soleil sur fond de ciel bleu, et c’est tant mieux car je dois passer la journée dehors avec mes sacs à dos à Momen Kaidô puis à Izumo, où je retrouve Angie (du compte Instagram « ancient_japan_izumo_fr » – elle m’a aidé à planifier la journée et donné tout plein d’informations) pour visiter le fameux Izumo Taisha. Pour cela, direction la petite gare de Matsue Shinjiko Onsen, où je monte dans un petit train local de la compagnie Ichibata pour me rendre sur le lieu de mes visites en longeant le lac Shinji sur toute sa longueur.
Je dois avouer que j’ai déjà un petit faible pour ces compagnies privées locales de campagne, toujours pleines de charme. Mais là, j’ai vraiment craqué pour la ligne Ichibata, car ce court voyage est tout un poème !


La première moitié du trajet se fait le long du lac Shinji, avec une vue vraiment magnifique. Un grand soleil brille sur les eaux du lac tandis que les collines dans le fond sont voilées par une légère brume matinale avec de nombreuses nuances. Ce paysage n’a rien à envier à la plus belle des estampes. Arrivé à la gare d’Ichibata guchi, le train s’arrête, mais c’est le conducteur qui en descend. Il se rend à l’arrière du train, qui devient à cette occasion l’avant, et nous repartons dans l’autre sens pour poursuivre notre trajet ! Arrivé à Unshû-Hirata, je descends pour la visite du matin dans une petite gare en déposant mon billet dans la main du conducteur. L’employé de la gare attend que le train reparte pour s’accroupir à nouveau devant ses pots de plantes aquatiques, armé d’une paire de baguettes jetables pour attraper les mauvaises herbes qui y poussent, tandis que son collègue tente lentement de regagner sa cabine malgré son dos complètement courbé et son âge très avancé.
La gare terminus d’Izumo est, elle aussi, absolument incroyable. Le hall nous plonge dans le passé avec son ambiance rétro et chaleureuse. Je m’assois quelques instants sur les bancs tournés vers le poêle, réchauffé autant par la tiédeur ambiante que par la douce nostalgie qui émane de ce lieu. On se croirait dans un de ces anime où le personnage regagne sa campagne natale en train et traverse des endroits de plus en plus figés dans le passé !

Me voici donc arrivé à Hirata pour les visites de Momen Kaidô (la route du coton). Ici se trouve une très belle rue historique préservée en forme de L, dans laquelle de nombreux magasins de marchands sont installés depuis plusieurs siècles. Grâce à un environnement naturel riche et au canal qui la relie au lac Shinji, la ville a prospéré au cours du 18ème siècle, permettant aux marchands de développer une production de produits locaux de qualité. La plupart des maisons qui se trouvent dans la rue historique paraissent étroites mais sont en réalité assez profondes et servent encore actuellement d’ateliers, de fabriques, d’entrepôts pour les productions locales, et donnent de l’autre côté sur la rivière.










Momen Kaidô a tout pour une superbe promenade pleine de découvertes et d’expériences… si l’on ne vient pas comme moi le 28 décembre pendant les congés de fin d’année ! Je ne regrette pas du tout la visite car c’est un bel endroit et il n’y avait que très peu de visiteurs, mais la plupart des magasins étaient fermés, donc j’ai seulement pu aller au magasin de confiseries au gingembre et goûter les sakés d’une seule brasserie.
Le magasin Kurumaya propose des produits à base de gingembre de Shussai, une variété de la région d’Izumo. C’est un des plus anciens marchands de bonbons du Japon, qui propose depuis 300 ans des bonbons au gingembre dont la recette familiale, transmise de père en fils, reste inchangée. Avis aux amateurs, ces confiseries sont particulièrement délicieuses !
Mon gros coup de cœur fut pour la boutique de cartes postales en libre service ! Les artistes locaux ont fait plein de cartes postales en s’inspirant de la ville et elles sont toutes disposées sur des présentoirs. Une fois son bonheur trouvé, on dépose dans une boite le montant de notre achat et on laisse un petit mot sur le livre d’or… une merveilleuse idée !
Non loin de la rue historique, le sanctuaire Umi-jinja est l’autre attraction du quartier. Ce sanctuaire est connu pour le en-kiri, littéralement « couper les liens ». On s’y rend pour se séparer de relations, de douleurs, des mauvaises choses de son quotidien, souvent avant d’aller à Izumo Taisha, qui est lui réputé pour le en-musubi, « se lier à l’autre ».
Il est possible d’acheter un omamori spécial, où l’on écrit sur une moitié ce que l’on veut garder, et sur l’autre moitié ce dont on souhaite se séparer. On le casse ensuite en deux pour laisser au sanctuaire la partie des choses dont on se sépare et emporter avec soi ce qui nous tient à cœur. Le Umi-jinja est un très beau petit sanctuaire de quartier.





Retour à la gare en fin de matinée pour me diriger vers la ville d’Izumo, avec une idée en tête : manger les fameux Izumo soba, spécialité locale. En sortant de cette magnifique gare, on se retrouve directement dans la rue Shinmon-dôri, une très jolie rue commerçante menant au grand sanctuaire. Après un petit tour au grand torii de 23 mètres de haut (ici dans les travaux), je rentre dans le restaurant Megumi qui me propose un magnifique plateau repas de gourmet voyageur ! Une pause gastronomique bien méritée avant de retrouver Angie et son supérieur qui sont venus tous les deux pour me guider.




Izumo est connu au Japon comme étant le Royaume des Dieux. Le grand sanctuaire Izumo Taisha est le deuxième plus important du Japon après celui d’Ise, et le plus grand bâtiment shinto du pays. Il mesure 24 mètres de haut, mais des fouilles archéologiques prouvent qu’il mesurait auparavant 48 mètres de haut (voir la photo des emplacements des anciens piliers – qui semblaient énormes). Son origine remonte au 8ème siècle, et il est mondialement connu pour la grande corde tressée shimenawa de plus de 5 tonnes. Le 10ème jour du 10ème mois de l’ancien calendrier lunaire, les kami de tout le Japon s’y retrouvent en séminaire pour discuter de l’année à venir. La divinité qui y est vénérée s’appelle Okuninushi-no-okami.






Okuninushi est connu comme le protecteur de la voie naturelle de toutes choses. Il a développé le pays, cultivé la terre, enseigné les méthodes aux humains, amélioré la médecine pour sauver les gens, etc. Il est également le créateur et l’arrangeur de toutes les relations, ce qui permet l’harmonie et la fraternité entre nous (en-musubi). Il a reçu ce pouvoir de la déesse Amaterasu-omikami elle-même (la déesse du soleil à l’origine de toute la lignée des empereurs du Japon, la plus importante divinité du shinto), en remerciement de tous ses bons actes et de la création d’un si beau pays. Elle rassembla tous les autres dieux sur place et leur fit construire un grand palais pour Okuninushi : ce palais est le grand sanctuaire Izumo Taisha.
Ce sanctuaire est vraiment très impressionnant. Les bâtiments sont magnifiques, il y règne une atmosphère à la fois imposante et bienveillante, et il regorge de recoins tous plus beaux les uns que les autres. Il ne faut donc pas hésiter à s’éloigner un peu du bâtiment principal pour découvrir tous ces endroits !












Un jour, Okuninushi et ses frères se rendirent dans les terres d’Inaba pour séduire une princesse. Sur leur chemin, croisant un lapin sans poil avec la peau à vif, les frères furent cruels tandis qu’Okuninushi lui expliqua comment guérir. Ce lapin s’avérant être un envoyé des dieux, il s’assura que la princesse choisisse Okuninushi comme mari. Izumo Taisha est rempli de petites statues de lapins, comme vous pourrez le voir dans les photos suivantes !








A l’ouest du grand sanctuaire se trouve la plage d’Inasa no hama, où je compte me rendre pour terminer cet après-midi. Dans les anciens récits, il est dit qu’une divinité trouvant le pays d’Izumo trop étroit tira à lui des terres lointaines pour l’agrandir grâce à une grande corde. Ces terres sont les montagnes du nord actuelles tandis que la corde est devenue la plage de sable blanc en forme d’arc d’Inasa no hama. J’y vais à pied car la route est aménagée avec de larges trottoirs, et cela me permet de passer par un cimetière où repose Izumo no Okuni, considérée comme la fondatrice du théâtre kabuki.
Arrivé sur la plage, c’est un superbe paysage qui s’offre à mes yeux ! Le ciel nuageux est transpercé par une multitude de rayons du soleil, comme si la déesse Amaterasu m’offrait son plus beau cadeau de bienvenue sur ses terres. L’imposant rocher surmonté d’un petit sanctuaire nommé Benten-Jima protège les marins partis en mer et donne une sensation toute particulière à cette plage par laquelle tous les kami arrivent pour se réunir à Izumo Taisha. Inasa no hama est véritablement un endroit magique !
C’est sur ces dernières photos que je vous laisse pour aller prendre le train en direction de Masuda, où je vais passer les nuits suivantes afin de visiter deux autres endroits qui s’annoncent eux aussi merveilleux. Izumo vaut absolument le détour, et mériterait plus qu’une demi-journée pour pouvoir profiter de toutes les expériences et beautés que la ville propose !





