« Qu’est-ce que tu cherches? »
D’une voix douce et apaisante mais directe, la bibliothécaire venait de poser cette question à son interlocuteur.

Au centre social de l’arrondissement d’Hatori, cinq personnes totalement différentes rentrent dans la bibliothèque pour chercher des livres. Tomoka a quitté sa campagne natale pour travailler à Tokyo, mais elle vivote et ne prend même plus soin d’elle. Ryô est comptable dans un magasin de meubles, il rêve d’ouvrir sa boutique d’antiquités mais cela lui semble impossible. Natsumi était la grande dame de son entreprise, mais la donne a changé à son retour de congé maternité. Hiroya est au chômage, et il n’a même plus la force de chercher ou de sortir de chez lui. Masao est à la retraite, et après une vie dédiée à son entreprise, il se retrouve dans une sorte de vide mérité mais inconsistant.
Guidés vers un paravent portant l’inscription « conseils », ils vont tour à tour se confronter à Sayuri Komachi, une femme immense prenant toute la place derrière son bureau. Celle-ci va les écouter attentivement, puis faire apparaître leurs points positifs avant de leur donner une liste très particulière : les ouvrages qu’ils cherchaient et un livre n’ayant absolument rien à voir. C’est pourtant ce dernier qui guidera ces cinq personnes et les aidera à se sortir eux-mêmes de l’impasse dans laquelle leur vie semble s’être arrêtée.

La lecture de ce premier roman de Michiko Aoyama est une magnifique parenthèse dans notre vie quotidienne. Son écriture est calme, lente, chaleureuse. Elle vous berce et vous enveloppe d’une sensation de douceur malgré les situations difficiles que vivent les protagonistes.
Il s’agit d’un roman-choral dont chaque chapitre a pour narrateur un personnage différent. Malgré leurs différences, tous se retrouvent à un moment donné dans cette bibliothèque à échanger avec Sayuri Komachi et tous y trouveront le fondement d’un renouveau, que ce soit par ses paroles, sont petit cadeau, ou le livre inattendu qu’elle conseille.
Chaque chapitre a donc exactement la même forme et une construction identique, comme dans un livre pour enfants. Cependant, on découvre à chaque fois de nouveaux éléments sur le centre social, la bibliothécaire, la relation entre les personnages, comme un dessin auquel on ajouterait des détails au fur et à mesure (cela peut d’ailleurs faire penser au livre « Tant que le café est encore chaud »).
J’ai beaucoup apprécié le dernier chapitre, dans lequel beaucoup d’éléments se recroisent, surtout pour la partie ou Masao échange avec le gardien de son immeuble. L’image de la vitre derrière laquelle on observe les gens sans qu’ils nous regardent vraiment est exactement celle du lecteur avec ce livre, une belle mise en abîme qui nous questionne sur notre propre vie et notre regard sur les autres…