Nicolas Bouvier a vingt ans lorsqu’il entame son premier grand voyage à travers le monde, en passant par la Laponie, le Sahara, puis les Balkans jusqu’à Ceylan et enfin le Japon. De son premier voyage dans l’archipel en 1955 et 1956 nait l’ouvrage intitulé « Japon ». Entre 1964 et 1966, il retourne au Japon avec sa femme et ses enfants, puis se rend à l’exposition universelle d’Osaka en 1970. C’est à la suite de ces deuxième et troisième voyages qu’il corrigera son premier livre pour en faire la « Chronique japonaise ». Mais rien de tel que de laisser l’auteur présenter lui-même pourquoi et comment il s’y est pris.

Cette courte page présente parfaitement le style de l’auteur : une simple phrase capable de décrire une scène riche en images (tel une calligraphie ou un haïku), pleine de poésie, d’un humour fin, ainsi qu’une confession en toute modestie de ses incompréhensions passées et de l’envie de les proposer plus justes sans pour autant rompre le charme d’une perception première. Ce n’est pas étonnant que Nicolas Bouvier soit la figure de proue d’un nouveau mouvement d’écrivain-voyageurs, cette « Chronique japonaise » est en tout point remarquable, passionnante, poétique, un véritable chef-d’œuvre de livre de voyage.
Allez, avant de vous présenter le contenu de ce livre, j’ose le dire car c’est ce que j’ai pensé de plus en plus au fur et à mesure de ma lecture : la « Chronique japonaise » de Nicolas Bouvier est sans aucun doute le livre sur le Japon le plus incroyable que j’ai lu, d’une justesse rare, d’une beauté saisissante, d’une intelligence sans pareille, le tout avec une grande modestie !

C’est avec une alternance entre ses récits de voyage et des pans de l’histoire du Japon que Nicolas Bouvier rythme ce livre. Ainsi se succèdent la recherche de logement infructueuse à Kyoto, l’histoire d’Izanagi et Izanami puis d’Amaterasu, la visite du Ryôan-ji avec des touristes, les voyages de Marco Polo et les échanges entre Japon, Portugal, et Italie, la pièce de théâtre nô, etc.
Beaucoup de passages historiques contiennent des anecdotes et récits qu’on ne trouve habituellement pas dans les livres d’histoire, et ils sont racontés dans un langage riche et drôle qui les rend fluides et passionnants. Les carnets de voyage, eux, retranscrivent des aventures incroyables et un cheminement vers la découverte d’une nouvelle culture avec un style entraînant et une réflexion d’une grande justesse. L’auteur a un ressenti tout en sensibilité, et sa compréhension puis ses descriptions sont pleines de finesse et d’intelligence, à un niveau très rarement atteint même de nos jours avec les multiples ouvrages et études que l’on peut trouver sur le Japon.
J’ai véritablement dévoré le livre, et j’avais envie de le recommencer tout juste après l’avoir terminé. La beauté et le vivant des descriptions m’ont fait retourner au livre un grand nombre de fois pour retrouver des passages qui m’avaient marqués, et je ne me lasse toujours pas de relire ses poèmes ou de regarder ses photos. S’il ne devait y avoir qu’un livre sur le Japon, il se pourrait bien que ce soit celui-ci !