Natsuko, une jeune femme issue d’une famille de brasseurs de saké, travaille dans une agence publicitaire à Tokyo. Son frère étant gravement malade, elle rentre lui rendre visite. Elle apprend par celui-ci qu’il est à la recherche d’un riz légendaire, le tatsu-nishiki, un riz produit avant-guerre et comportant un grand coeur blanc propice à la fabrication d’un saké d’exception. Seulement, ce riz est fragile, et il ne supporte qu’une culture biologique, c’est pourquoi il a été abandonné dans cette époque où la chimie et la production de masse règne sur le Japon.

Rentrée à Tokyo pour poursuivre son travail, Natsuko apprend le décès de son frère et décide de rentrer à la brasserie familiale. Découvrant que son frère a réussi à trouver quelques épis du fameux tatsu-nishiki, elle décide d’honorer sa mémoire en poursuivant son rêve fou : produire grâce à ce riz légendaire le meilleur saké du Japon. C’est ainsi le début d’une difficile mais tout autant passionnante aventure qui commence pour Natsuko au sein de la brasserie Saeki, un véritable retour aux sources et une soif de découverte qui nous emmènera dans la tradition japonaise de la fabrication du saké.

« Natsuko no sake », c’est une plongée dans l’univers du Japon traditionnel au travers de la production de saké par la petite brasserie Saeki. D’une richesse infinie, on découvre au fil des pages toutes les étapes de la fabrication en commençant même par la préparation du fumier pour la rizière ou le dur désherbage manuel. Le choix de Natsuko comme personnage principal, une jeune fille aux capacités de dégustation extraordinaires mais dépourvue de connaissance du monde agricole, est un excellent moyen de découvrir toutes ces étapes au fur et à mesure qu’elle apprend et fait l’expérience par elle-même. C’est d’ailleurs un trait caractéristique des mangas de cette période (fin des années 80/début des années 90), qui n’hésitaient pas à rentrer en profondeur dans les détails des domaines abordés.

Mais ce manga ne se contente pas d’être seulement très complet en ce qui concerne le saké. Il est également très intéressant au niveau du dessin et du rythme de la narration (j’aime beaucoup cette ambiance un peu ancienne de la fin de l’ère Shôwa et le souci du détail dans les scènes de la kura et des rizières), et surtout incroyablement actuel dans ses thématiques abordées.
Quelle est la place des femmes dans la société japonaise, et plus particulièrement dans un monde traditionnel majoritairement masculin ? Le Japon peut-il se détacher du modernisme à outrance de la politique agricole pour retrouver un ancien modèle plus proche et respectueux de la nature et des gens ? Les Japonais connaissent-ils vraiment leurs traditions ?

Grâce à tous ces sujets abordés, en plus d’une histoire passionnante et d’une immersion sans pareille dans une brasserie traditionnelle, on rentre dans « Natsuko no sake » avec passion, sans vouloir en ressortir autrement qu’en devenant kurabito. N’hésitez pas, vous allez dévorer ces 2500 pages en quelques jours…pour les plus patients !