Une jeune femme arrive au Japon dans le cadre de sa résidence à la villa Kujoyama (un lieu de résidence artistique pluridisciplinaire à Kyoto pour les artistes qualifiés français, qui permet la création d’une œuvre inspirée d’un séjour au Japon pendant plusieurs mois). La jeune héroïne souhaite peindre la nature, mais ne sait pas trop comment ni par quoi commencer. C’est sur cette interrogation qu’un tanuki apparaît, un chien viverrin japonais qui est également un personnage facétieux capable de se transformer dans la mythologie japonaise. En le suivant, la jeune femme ne se doute pas qu’elle fait ses premiers pas sur le sentier de la découverte du Japon, allant de rencontres étonnantes en sublimes paysages, le tout sous la menace du typhon qui approche.

Sa rencontre principale est celle du peintre japonais qui cherche à peindre « une femme », mais n’arrive pas à concrétiser son inspiration. Ses explications profondes sur le Japon et l’art japonais en général agrémentées d’haïku originaux se mélangent parfois avec une attitude comique et puérile, tout comme le personnage du tanuki qui est un véritable personnage burlesque malgré des remarques véritablement pertinentes. Ainsi, l’héroïne poursuit son voyage, partagée entre les moments d’échanges avec le peintre, l’apprentissage avec le tanuki, et ses autres découvertes en solitaire, tout ceci bien sûr accompagné par les inévitables nouveautés et lieux cultes du quotidien japonais.

Catherine Meurisse, première femme à devenir membre de l’Institut de France, a quitté le monde du dessin de presse pour celui de la bande dessinée après les attentats de Charlie Hebdo dont elle réchappa. Suite à sa résidence de plusieurs mois à la villa Kujoyama, puis à un second voyage dans le sud du Japon, elle nous offre une bande dessinée magnifique avec La jeune femme et la mer. Pour cela, elle s’est inspirée des nombreux paysages observés, du typhon Hagibis qui lui a fait sentir la puissance de la nature pour la première fois, des recherches sur l’art japonais et des estampes d’Hokusai. L’autrice propose ainsi une œuvre mélangeant son dessin et son humour occidentaux à des paysages et personnages très japonais, rappelant le courant orientaliste.

Les éléments des paysages se fondent les uns dans les autres à la manière des estampes, tandis que les personnages sont plus nets et détachés du décor, une sensation que l’on comprend parfaitement lorsqu’on a déjà visité le Japon : comme une impression d’être dans un endroit fabuleux, d’avoir envie d’en faire partie, mais de ne finalement jamais réussir à pouvoir y entrer entièrement car quelque chose nous échappe. C’est ainsi qu’est l’héroïne de cette belle, drôle, et émouvante histoire, confrontée aux merveilles du Japon autant qu’à ses clichés, plongeant dans les uns et les autres avec le même bonheur et la même fascination, ne sachant pas ce qu’est véritablement le Japon mais le découvrant au travers de la Nature, à la fois similaire et tellement différente. Cette BD est un bijou, un moment hors du temps, très riche et pourtant seulement passager, un vrai regard d’artiste étranger sur le Japon dont les couleurs nous enveloppent de beauté le temps de sa lecture,… bref, une œuvre que je vous recommande chaleureusement !