Yoichi Yamashita est au travail lorsqu’il reçoit un appel de sa sœur Haruko pour lui apprendre le décès de son père. Même s’il n’en a pas très envie, sa femme insiste pour qu’il parte de suite et se rende à la veillée funèbre. Et voici Yoichi retournant à Tottori, sa ville natale quittée jeune et dans laquelle il n’est presque jamais retourné depuis son départ pour Tokyo. A cette veillée funèbre, l’alcool aidant, les membres de la famille partagent leurs souvenirs et leurs sentiments sur la période de l’enfance de Yoichi, et celui-ci va commencer à découvrir un père tout autre que la personne qui passait ses journées à travailler plutôt qu’à être avec sa famille.

Alternant entre la discussion lors de la veillée funèbre et les souvenirs de Yoichi, Jirô Taniguchi nous raconte un pan de vie entier dans la dure période de l’après-guerre, d’un côté avec le point de vue du jeune garçon, et de l’autre avec celui des adultes plusieurs dizaines d’années plus tard. Le grand incendie de Tottori en 1952 est le moment clé de l’histoire, immense tragédie en soi et point de rupture dans la vie de la famille Yamashita. Il est raconté avec une force et une dureté authentique, que seules les personnes l’ayant vécu peuvent retranscrire. Cette rupture influencera la suite de l’histoire, et surtout la relation de Yoichi avec les autres membres de sa famille, particulièrement son père.

Comme toujours chez Jirô Taniguchi, le rythme du récit est maîtrisé à la perfection, les personnages sont tous très attachants, et les dessins sont une merveille de qualité et de réalisme. Dans Le journal de mon père, nous sommes plus proches d’une Bande Dessinée occidentale que d’un manga classique, ce qui facilite l’entrée en matière des non-connaisseurs.
Inspiré par son propre retour à Tottori après de longues années, Jirô Taniguchi a écrit cette histoire en y insérant ses propres sensations par rapport au changement de la ville, à l’accueil de sa famille, au calme que l’on peut ressentir lorsqu’on retrouve avec mélancolie les lieux de son enfance. Cette œuvre très intime de l’auteur est belle en tout point, et je ne peux que la recommander !
