Que d’aventures depuis notre départ de Matsuyama ! Après être allés dans un camping (sol dur + cigales plus qu’assourdissantes) à la sortie de la ville pour y passer la nuit, nous avons suivi le bord de mer pour rejoindre la pointe extrême-ouest de Shikoku et prendre le ferry direction Kyushu à Misaki (三崎).

Une quarantaine de kilomètres plus tard, nous avons fait une pause chez un couple adorable : dans leur maison au bord de la route, ils proposent aux cyclistes rafraîchissement et goûter gratuits en plus de leurs sourires et explications pour la route ! Nous avons décidé de suivre ensuite une petite route qui longe la mer pour admirer les paysages et le coucher de soleil, avant de repiquer sur la route principale pour trouver un endroit où dormir. Malgré les montées âpres, le paysage et le coucher de soleil étaient sublimes.

Mais un peu avant de repiquer sur la route principale : barrage policier ! On s’arrête, et ils commencent à nous poser plein de questions, pourquoi on est là, où on va, ce qu’on transporte… Je leur explique tout ça, leur montrant notre itinéraire, et ils me disent qu’il faut faire demi-tour car la route n’est pas praticable (30 kilomètres de détour en refaisant toute la route difficile alors qu’il commençait à faire nuit).
Suivent de grosses négociations où je comprends qu’ils font des choses (des essais de redémarrage je crois) à la centrale nucléaire d’Ikata (伊方) juste après, et où j’explique bien tout le trajet qu’on a fait, notre destination, la nuit, le lieu du camping, qu’on ne peut pas retourner en arrière, etc. Finalement, après une fouille complète de nos bagages, ils finissent par nous laisser passer après de longues négociations en japonais, en nous disant bien d’absolument suivre notre route et que nous serons minutés entre chaque contrôle. Au total, 5 barrages avec autant de fois tout à réexpliquer, plus fouille des bagages… bref, il fait déjà nuit alors qu’on n’a fait que 2kms depuis…


Du coup, nous nous sommes arrêtés sur une aire de repos à côté de la route (michi no eki 道の駅), bien bruyante et passante. A chaque voiture qui passait, une musique se faisait entendre, changeant de tempo et de tonalité en fonction de la vitesse et du poids du véhicule. On appelle ces portions les Melody Roads (メロディーロード) : un système de rainures sur la route plus ou moins profondes et espacées provoque des vibrations qui créent une mélodie très audible dans la voiture…et dehors. Je peux vous assurer que la musique me sortait par les oreilles le lendemain matin, après l’avoir entendue toute la nuit dans toutes les tonalités possibles (avec même des changements en pleine mélodie si la voiture accélère ou ralentit) ! Bref, départ le lendemain matin, et là en pleine montée en campagne, un dimanche férié qui plus est : pédale qui casse ! On rafistole ça avec du fil de fer, et enfin on arrive au ferry à Misaki. Prise du ferry, puis vélo jusqu’à Usuki (臼杵), la prochaine ville, à la recherche de pédales compatibles.

On s’arrête dans un petit magasin de sport (qui n’a pas de pédales), mais le couple de propriétaires nous offre à boire et à goûter pendant qu’ils téléphonent pour savoir si d’autres magasins sont ouverts et en ont : épatant ! Même si je dois préciser que depuis que l’on est passé sur Shikoku, les gens sont très chaleureux et viennent souvent nous parler naturellement. Parfois juste un « Fait chaud » ou « D’où vous v’nez? » ou encore « Courage », mais c’est très différent du reste du trajet où les gens ne venaient vers nous que si on s’adressait en premier à eux. On trouve finalement des pédales, et on en profite pour demander s’il y a un endroit pour planter la tente ou sinon dormir pas cher : ben non ! A part peut-être si on demande, dans un carré de pelouse au port d’embarquement d’un autre ferry. On y va, on demande aux gens du ferry si on peut, et ils semblent très amusés. « Vous pouvez essayer si vous voulez, mais probablement qu’une patrouille de police viendra vous virer dans la nuit. Sinon nous, ça ne nous dérange pas ». Du coup nous allons au commissariat demander aussi, et ils nous disent « Normalement c’est interdit, mais si vous ne dérangez personne c’est ok pour ce soir. Mais une patrouille vous réveillera sans doute et il faudra leur expliquer que vous êtes venus demander ici avant » ! Eh bien passer la nuit avec un embarquement/débarquement de ferry toutes les heures en attendant la patrouille de police, il y a mieux comme nuit. Mais aujourd’hui nous quittons la ville, direction l’Ouest où un camping plus calme nous attend, à moins que d’autres aventures nous tombe sur le coin du nez !